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Au 13e siècle le terme « Frontière » apparaissait dans le lexique français, il désignait alors les fronts armés se situant aux limites du territoire. Ce mot adopte cependant son sens contemporain avec la fin des grandes découvertes territoriales, ainsi que la création progressive des États-Nations et la pétri­fication de leurs limites. Dans le contexte contemporain de monde globalisé les idées d'ouverture et de flux commerciaux et humains prédominent ; au point d'en perdre parfois la notion même de frontière. Cependant traverser une frontière reste, à bien des égards et bien des points de vue, un véritable ­enjeu.

À la perpendiculaire des frontières, Alain Declercq, par Mai Tran

« Inde/Pakistan, Corée du Sud/Corée du Nord, Israël/Liban, Alain Declercq ne fait pas semblant d'aller au plus près des frontières mondiales les plus contrôlées. Il ne va pas au front à la manière d'un journaliste ou d'un reporter, il s'y glisse à la manière d'un espion déguisé en artiste ou plutôt l'inverse : les faux-semblants, les simulacres, les complots et autres montages en épingle de vérités historiques, Alain Declercq en manie les absurdités, les contrastes, les aberrations. »

→ alaindeclercq.com

Entretien avec Marcos Avila Forero, par L'île d'en face

« Le travail de Marcos Avila Forero vient d'être présenté dans l'exposition "L'Asymétrie des cartes" au Grand Café et au LiFE. Nous souhaitons revenir dans cet entretien sur les conditions qui ont menées l'artiste à travailler autour de la notion de frontière dans les œuvres Colina 266 - The old Baldy (2015), Cayuco Sillage - Oujda/Melilla, Un bateau disparait en dessinant une carte (2012), ainsi que d'autres de ses travaux. »

→ galeriedohyanglee.com

L'Asymétrie des cartes, par Doriane Spiteri

« Dans un monde où tout se veut "sans frontière", des murs surgissent, de nouvelles et d'anciennes frontières se creusent. […] Déployée en deux lieux, l'exposition "L'Asymétrie des cartes" [au Grand Café et au LIFE à St-Nazaire] présente un ensemble d'œuvres de huit artistes qui cherchent à rendre visible les rapports de force qui structurent le monde, et à révéler la constante recomposition des frontières. »

→ grandcafe-saintnazaire.fr

Tel est pris… Transit, Barthélémy Toguo, par Ilan Michel

« Né au Cameroun en 1967, l'artiste se forme à l'École des Beaux-Arts d'Abidjan (Côte d'Ivoire) puis de Grenoble de 1989 à 1996 avant d'étudier pour deux ans à la Kunst Akademie de Düsseldorf. Ses déplacements lui valent plusieurs interpellations et problèmes administratifs, expériences qu'il décide d'intégrer à sa pratique artistique. Il initie alors une série de huit actions réalisées de 1996 à 1999 dans des lieux de contrôle aux frontières. »

→ barthelemytoguo.com

Frontières, lignes imaginaires ? par Marina Seretti

« Frontières, l'exposition que présente – du 10 novembre 2015 au 29 mai 2016 – le Musée national de l'histoire de l'immigration à Paris, mène l'enquête sur la pluralité historique et géographique de ces lignes, au tracé imaginaire, toujours distinct des murs et barrières empiriques. […] À l'heure où la question agite violemment le débat politique et prend le visage, tout uniment scandaleux et médiatisé, d'une foule de martyres anonymes, avalés par les flots, cette exposition offre l'accalmie momentanée d'une prise de recul, un temps ouvert à la réflexion, à la mémoire, à la rencontre. »

→ histoire-immigration.fr

Entretien avec Jean-Benoit Lallemant, par Lohengrin Papadato

« La production plastique de Jean-Benoit Lallemant se développe et se déploie autour de questions liées à l'espace numérique, aux réseaux terroristes et anti-terroristes, aux cyber-guerres et à leurs implications dans le réel. À la manière d'un chirurgien il analyse tous les sujets qui s'imposent à lui (sujets qui sont aussi les nôtres) : de la peinture à l'installation il construit des systèmes de présentation et de représentation qui lui sont propres et qui correspondent, de manière évidente, aux sujets qu'il traite. »

→ jeanbenoitlallemant.com

Übergang, par Josef Schulz

« Par ailleurs, mon intérêt pour ces lieux frontaliers prend racine dans mon vécu personnel. J'ai grandi en Pologne, un pays dont les limites territoriales ont été redéfinies à plusieurs reprises au cours de l'histoire. Les contrôles douaniers ont maintenant disparu de nos frontières, et les postes de frontière semblent tout à fait inoffensifs aujourd'hui — mais ils continueront à invoquer des images troublantes dans nos esprits pour de nombreuses années à venir. »

→ josefschulz.de

Modernités du mur-frontière, par Hélène Vuillermet

« Parmi les objets de civilisation qui permettent de comprendre notre rapport aux frontières, le mur se présente comme l'un des plus complexes et des plus intéressants. En particulier, le mur a subi entre le milieu du 19e et le début du 21e siècle des transformations considérables sur le plan technique comme sur le plan symbolique. »

We are French, par Raphaële Bertho

« Dans la première décennie du 21e siècle, la France est sur la sellette photographique.[…] Bousculé par l'entrée dans le nouveau millénaire, portant les scories des tragédies et des enthousiasmes des siècles précédents, le pays est décidément observé au compte-fils. Comment dire, comment donner à voir "la France" ? Quelle forme peut-elle prendre dans un monde mis en réseau et en tension, mondialisé et fragmenté ? »

→ francesterritoireliquide.fr

Entretien avec Cosimo Veneziano, par Stefania Meazza

« Dans le cadre du projet de coopération transfrontalière "Acteurs Transculturels", entre les deux territoires des Hautes Alpes en France et du Piémont en Italie, Cosimo Veneziano réalise l'installation "Il pallido contorno del sole", dont le titre est tiré de "Le soleil au mur semble pâle", récit de l'écrivain anglais Alan Moore, scénariste, entre autre, de la bande dessinée "V for Vendetta". »

→ albertopeola.com

Voir entre les lignes, repenser les flots, par W. Lemal

« Quadrillés, cartographiés autant que fragmentés et morcelés, les mers et océans sont des lieux aux frontières internes plurielles. Recouvrant les trois quarts du globe, ces frontières-espaces, relient et séparent, s'étendent et s'érigent, loin des fines lignes tracées sur nos cartes. »

Projectiles idéaux-scopiques, Nicolas Milhé, par Justine Sevêtre

« Si certains artistes flirtent avec la propagande politique pour sensibiliser le public, d'autres comme Nicolas Milhé inscrivent leur engagement dans des formes plus symboliques. Autour de son travail sur les signes du pouvoir, il tisse des liens, des tensions entre subjectivité esthétique et énonciation politique, de manière à ce que s'expriment conjointement toute la singularité de l'œuvre et la puissance de son rapport sociétal. »

→ nicolasmilhe.com

Être traversé par la frontière, par Sarah Beaumont

« L'auteure Léonora Miano expliquait lors d'une intervention qu'à la suite de l'expérience coloniale, nombre de personnes sont contraintes "[…] d'habiter ces identités frontalières que l'histoire nous a léguées", ce qui se traduit, dans ses romans, par une esthétique frontalière où l'ailleurs est évoqué de façon métaphorique. Les quelques œuvres réunies ici déplacent elles aussi le point de vue strictement géographique de la frontière, à travers l'allégorie de la mémoire ou celle de la langue. Elles traduisent, visuellement, ce qu'être "traversé par la frontière" peut signifier. »

→ fionatan.nl

La ballade de Jérôme & Serge, par Robin Garnier-Wenisch

« […] C'était juste un morceau de terre, propulsé hors des eaux internationales, venu s'ancrer le long de la frontière. Le gouvernement, peu enclin à investir dans cette excroissance de territoire, se désintéressa vite de la zone, la déclarant au bout de deux semaines Terra Nullius : terre sans patrie. Jérôme se souvenait qu'à l'annonce de la nouvelle, il était déjà ici, avec ses amis, à la terrasse de chez Serge. À l'époque, tous ne s'intéressaient pas plus que ça à la politique ni à ce bout de machin sorti de nulle part. Mais quand l'État avait décidé de le laisser là, à la merci de quiconque, il y avait eu une sorte de déclic. »

→ robingarnier-wenisch.com

Vivtar, par Mathilde Vaveau

« En Ukraine, quand on commence à raconter, on finit par parler de la grande Histoire. On bascule si simplement de la petite à la grande que la frontière n'est plus qu'une fine pellicule translucide, qui malgré cela reste dure à franchir. Les Ukrainiens sont si proches de ce que nous, occidentaux, avons déjà classé dans la grande histoire, que l'on pense qu'ils vivent de nostalgie et de regret. Mais comment peut-on envisager la mélancolie alors que certains actes et faits ne s'accordent pas encore avec le terme "passé" ? »

→ mathildevaveau.tumblr.com

Ici, là-bas, hommage à Mahmoud Darwich, par Alice Bonnissent

« Est-il possible d'être ici sans être là-bas ? » Un étranger avec un livre sous le bras s'arrête pour me répondre : « Bien sûr. Tu ne peux être présente que dans un seul lieu à la fois. Car les hommes ne jouissent pas du don d'ubiquité. Seul le divin est capable d'être présent partout en même temps. » Ici et là-bas une ligne nette pour l'errance, constate le poète.

Le Kosovo, cet adolescent en quête de reconnaissance, par Isis Ramirez-Godelier

« Le Kosovo, jeune État, a été, tout au long du 20e siècle, un foyer de tensions et de violences entre la population de souche albanaise et les Serbes. L'origine des atrocités qui suscitèrent l'intervention des forces armées de ­l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le 24 mars 1999, remonte au début des années 90. Pour faire face aux velléités indépendantistes des Albanais, les autorités de Belgrade eurent recours à la force, tout en mettant fin au statut d'autonomie dont le Kosovo jouissait depuis 1974 au sein de la République fédérale de Yougoslavie. »

La frontière-diaclase dans l'œuvre d'Emily Jacir, par Lina El-Herfi

« Le 15 mai 1948, date de la Nakba, les Palestiniens étaient sur les routes de l'exil. Ce jour-là, la Palestine historique perdait ses frontières. Mais ces frontières restent encore aujourd'hui gravées dans l'imaginaire palestinien. Grâce au souvenir de la Nakba, la frontière s'est transformée en trace-mémorielle. Cette trace-mémorielle, nous la retrouvons dans l'œuvre d'Emily Jacir ­intitulée Memorial to 418 Palestinian Villages Destroyed, Depopulated and Occupied by Israel in 1948 qui aborde le sujet de conservation de la mémoire palestinienne de la Nakba. »

→ alexanderandbonin.com

Le Cerveau Chinois, par Laure Mathieu

« […] En nous penchant un peu plus activement sur nous-même, nous nous rendons soudainement compte que nous ne nous voyons pas différemment que dans un véhicule qui parcourt le réel, un véhicule bien fermé et suffisamment large néanmoins pour accueillir nos conversations intérieures entre notre mémoire, nos professeurs et parents intérieurs, nos sentiments, nos addictions, etc. En nous penchant plus activement encore nous pouvons nous rendre compte que nous ne nous voyons pas différemment du bus dans lequel nous nous sommes assis. »

En couverture, Paranomen

« Paranomen est le nom de notre jeune studio de création multidisciplinaire. Un de nos souhaits les plus chers est de réussir une certaine symbiose entre un travail orienté vers le graphisme et un travail lié aux arts plastiques. Nous tentons de placer le minimum de barrière entre les disciplines que nous pratiquons afin qu'elles interagissent entre elles. »

→ paranomen.com

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